
En tant que ressortissante britannique, j’ai grandi avec l’image consensuelle de la grande famille du Commonwealth ; cette entité qui avait su construire des liens indéfectibles entre le Royaume-Uni et ses anciennes colonies. Cette vision était tellement ancrée dans notre identité collective que, durant toute ma jeunesse, il ne m’est jamais venu à l’esprit de la remettre en question (…). C’est en quittant ma terre natale que j’ai découvert la fin chaotique des empires coloniaux français, portugais ou néerlandais et leurs héritages douloureux. C’est alors que j’ai commencé à m’interroger sur la fin pacifique de l’Empire Britannique qui avait comme les autres, fondé son pouvoir sur la domination. Au cours des recherches qui ont précédé la réalisation de ce film, j’ai découvert une ahurissante histoire à deux visages. Les documents officiels, lettres d’administrateurs coloniaux, films amateurs et photographies de soldats, ont révélé la face cachée d’une décolonisation sanglante en Inde, en Malaisie, au Kenya, à Aden ou encore au Zimbabwe. Une réalité monstrueuse que les gouvernements britanniques de droite comme de gauche, ont tenté de camoufler par le visage autrement plus respectable des parades, départs de l’Union Jack, ou des visites officielles d’Élisabeth II, véhiculées par les Actualités cinématographiques de l’époque. Un visage convenable, endossé par une Reine à la longévité exceptionnelle, qui a certes perdu son Empire, mais qui a su représenter tout au long de son règne, et jusqu’à nos jours, le récit d’une transition pacifique de l’Empire vers le Commonwealth. Deborah Ford