
En 1971, atteint d’une dépression nerveuse pour des raisons d’ordre privé, François Truffaut fit un séjour en clinique. C’est là qu’il relut Les Deux Anglaises et le Continent, le deuxième livre que l’auteur de Jules et Jim, Henri-Pierre Roché, avait publié à 76 ans, avant de mourir octogénaire en 1959. Ce roman, inspiré comme le premier de souvenirs de jeunesse, et complété par le journal intime de Roché, devint un film, dans une adaptation écrite avec Jean Gruault, comme celle de Jules et Jim en 1962 (…). Ce film durait deux heures douze minutes. Le public, déconcerté, ne s’y pressait pas. Après trois semaines d’exploitation, Truffaut accepta d’en couper vingt minutes. Mais, en 1984, juste avant sa mort, il fit rétablir la version intégrale de cette oeuvre très mystérieuse et très mélancolique sur la passion-jeu qui tourne mal ou court. Jacques Siclier
Les personnages radicalement romantiques de Truffaut ne parviennent pas à s’aimer, moins à cause d’obstacles extérieurs que de blocages mentaux, intimes (…). Le montage est heurté, le ton tranchant : cette œuvre âpre et cruelle est l’une des plus personnelles de son auteur (…). Le personnage principal du film, joué par Jean-Pierre Léaud, alter ego de Truffaut, devient la fusion de Roché et Truffaut, collectionneurs de conquêtes, deux Don Juan qui ne peuvent se résoudre à une seule femme. Mais Mai 68 est passé par là, libérant la parole des femmes : il faut réécouter ce que disent ici Ann et Muriel pour comprendre que Truffaut a réalisé un film beaucoup plus féministe que ce qu’on aurait pu imaginer. Olivier Nicklaus