009602

045345
Faut voir le cirque. Sous un soleil de plomb, une armada de grosses cylindrées crache de mauvais gaz sous l’œil des pédés portoricains. Des go-go girls se crêpent le chignon en sifflant des obscénités pendant que des mecs énervés au dernier degré giclent des sex-shops, la bave aux lèvres et le macaroni en bataille sous leurs jeans.
Je suis planté derrière le square, à l’intersection de la 42e. Autrement dit en plein cœur de Broadway. Et ça, j’en suis certain : pas le Broadway de Frisco, pas le Broadway de Vegas. Le Broadway de New York. Comme qui dirait le quartier le plus dingue de la ville la plus sauvage du monde.
La ville des femmes-serpents qui boivent des liqueurs bleues sur le Verezzano, la ville aux sept mille wagons de métro et aux trente-trois cadavres quotidiens, la ville qui transpire d’amour et crache sa fumée en pleine rue telle une chair ébouillantée. La ville d’Emmett Grogan aussi, qui a lâché son dernier solo sur le pont de Brooklyn.
Je suis planté en plein Broadway et c’est l’heure idéale pour emplir mes poumons de l’odeur de pourriture qui monte du fleuve. Une odeur faite pour nous rappeler que nous finirons tous dans cette eau grasse, sous une lune pâle et frémissante.
Je suis planté juste au coin de la 42e et, en temps ordinaire, ça pourrait être une journée formidable qui commence.
Mais pas pour moi.
Pas pour moi car je dois être le seul en ville à me poser cette question idiote : comment suis-je arrivé ici ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s