Une incarnation du rêve américain, Frank Capra ? Comme le démontre cet excellent documentaire, le célèbre cinéaste en a surtout façonné l’imagerie contemporaine par ses films. Pour preuve, cette anecdote emblématique qui sert ici d’introduction. Elle raconte la célébration annuelle de La vie est belle par la population d’une petite ville semblable à celle du film, convaincue que son pont métallique et ses enfilades de pavillons ont nourri pour de vrai l’imaginaire du cinéaste. Ce dernier n’a jamais officialisé cette influence ? Qu’importe, le mythe Capra a pris racine : il a donné au peuple américain le cadre d’un idéal social (la petite agglomération tranquille), galvanisé les valeurs de liberté et de réussite individuelle par ses contes et ses personnages archétypaux, du simple citoyen bon comme du pain à l’usurier corrompu qui menace les happy end de Monsieur Smith au Sénat ou de L’Homme de la rue (…) Point d’orgue de ce décorticage ludique, l’exhumation d’un film oublié, Loin du ghetto (1929), sorte de portrait en creux de Capra, dessinant sa face sombre avec une acuité époustouflante. C’est l’histoire d’un self-made-man qui trahit ses origines au nom de son ambition et se retrouve seul, en proie au doute et aux remords. Autant de tourments, de cas de conscience familiers au chantre de l’optimisme, cet ex-petit rital qui avait honte de ses parents analphabètes et s’est empressé d’américaniser son nom à sa majorité. — Guillaume Loison

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s