Rita Hayworth a pulvérisé Hiroshima en maillot de bain. C’est son image, peinte sur la bombe, qui a précédé le flash atomique. Sur les calandres des camions militaires, les cockpits des bombardiers, les tourelles des tanks, Rita Hayworth a lancé des armées de GI en érection contre les nazis en déroute, faisant dire au général Mac Arthur qu’elle était une arme secrète contre laquelle Hitler ne pouvait rien. Rita Hayworth, l’épouse d’Orson Welles, était présente partout, de l’Ohio au Kamtchatka, elle faisait rêver les Esquimaux et les taxis parisiens à gazogène. Avec sa longue chevelure rousse et sa silhouette de rêve, elle fut le sex-symbol le plus universel de l’après-guerre : les censeurs du code Hays, aux Etats-Unis, avaient même passé plusieurs jours à discuter pour savoir si le décolleté de « Gilda » était acceptable ou pas. Le centimètre à la main, le chef censeur Joseph Breen mesurait sur l’écran la distance avec les seins de la star. Sautons quelques années… En 1982, un homme seul se promène à Val-d’Isère. Il fait beau, la neige craque sur la route, Georges Lautner prend l’air. Le metteur en scène des « Tontons flingueurs » ? Respect total. Je l’aborde, et nous faisons connaissance. Tandis que les stalactites de glace fondent le long des toits, nous parlons du tournage de l’un de ses films, « la Route de Salina », en 1972, alors que Rita Hayworth, 54 ans, est quasiment oubliée. Pire : elle a des trous de mémoire, premiers signes d’un Alzheimer agressif. Sa beauté n’est qu’un souvenir : l’alcool l’a déchiquetée. Mais Lautner raconte : « Elle était d’une douceur incroyable. Gentille… Mais on sentait chez elle quelque chose de brisé. On aurait voulu l’adopter pour la consoler… Lui donner un peu de bonheur… » Le bonheur ? « La déesse de l’amour » ne l’aura connu que dans les films. Ses absences s’accentuent. Un soir, alors qu’elle est dans un restaurant, Orson Welles l’aperçoit et s’approche. Elle discute avec cet inconnu, sans avoir la moindre idée de son identité. Puis, au bout de quelques minutes, elle le reconnaît, et fond en larmes. Rita Hayworth est morte en mai 1987, sans passé, sans mémoire, seule. François Forestier, 2021.

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