
Le Duce filmé en paysan, au milieu des champs, torse nu, un slip blanc dépassant ostensiblement du pantalon ; en pilote d’avion, casquette sur le crâne, à bord de son Bombardier ; en guerrier, paré de son uniforme militaire, un fusil pointé vers le ciel, au balcon du palais de Venise, son quartier général et sa résidence privée ; ou dans ses jardins en père de famille avec sa fille, Edda, l’une de ses six enfants, qui deviendra comtesse… Durant ses vingt-trois ans de règne, Benito Mussolini a inondé l’Italie d’images de sa personne. Il ne se déplaçait jamais sans caméra. Premier dictateur à rafler le pouvoir dans cette Europe en crise de l’entre-deux-guerres (en octobre 1922, onze ans avant Adolf Hitler), inventeur du fascisme, il est aussi celui qui a compris dès le début le pouvoir de l’image sur les foules. Le Führer lui-même s’en est inspiré. Lorsque les deux hommes se rencontrent en septembre 1937 à Berlin, l’Allemand lâche à son intention : « C’est le premier homme d’Etat au monde et personne n’a le droit de se comparer à lui. » L’Italien, lui, se fend d’un hommage enflammé prononcé dans la langue de Goethe : « Quand le fasciste a un ami, il marchera avec cet ami jusqu’au bout. »
Nathalie Funès